Une maquette du quartier de Noailles réalisée par des étudiants en architecture — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Le 5 novembre 2018, il y a presqu’un an, trois immeubles s’effondraient au cœur du quartier de
Noailles à
Marseille. Huit personnes mourraient sous les décombres d’immeubles délabrés, dans ce quartier populaire au bâti séculaire mais dégradé. Depuis, tout un quartier endeuillé pose inlassablement la même question : que va devenir Noailles ? Quel projet est-il possible pour le rebâtir sans le dénaturer ?

Dans une exposition baptisée « Regards sur Noailles » qui s’ouvre ce vendredi dans plusieurs lieux de Marseille, dont l’espace Manifesta, des étudiants de l’école nationale supérieure d’architecture de Marseille proposent une série de réflexions sur ce quartier historique de la cité phocéenne.

« Un quartier qui a grave du potentiel »

« C’est un quartier qui a grave du potentiel », sourit Arthur, fraîchement diplômé. Avec ses camarades de classe réunis dans le collectif 14+1, et aidé d’un autre collectif étudiant, Adequat, le jeune Marseillais a imaginé pendant un an différents projets pour la réhabilitation de Noailles. « L’idée était de proposer, de repenser une alternative à celle de la ville qui pourrait dire : “on va tout casser”, explique-t-il. On a encore ce statut d’étudiant, on peut penser des projets comme ça, sans commande… On voulait proposer une nouvelle manière de repenser ce centre ancien tout en étant réaliste »

Il faut dire que le drame de la rue d’Aubagne a particulièrement touché ces étudiants marseillais en architecture. « C’était un moment très fort à l’école, se souvient Sylvain, actuellement en cinquième année. On en a beaucoup parlé, et ça montrait du doigt un sujet dont on parle peu à l’école, qui est l’habitat indigne. Et cela questionne aussi sur la valeur de ce quartier typique de Marseille. »

Une école dans les rez-de-chaussée

Après avoir consulté promoteurs, professionnels et habitants du quartier, plusieurs projets ont émergé, matérialisés sur une maquette du quartier. Deux étudiantes ont ainsi proposé d’installer une école maternelle d’un genre un peu spécial rue Jean-Roque, une rue toute proche de la rue d’Aubagne longtemps fermée de crainte que des immeubles, tout aussi délabrés, s’y effondrent à leur tour.

« Leur idée, c’est d’exploiter les rez-de-chaussée vacants, et de transformer la rue en cour de récréation, selon des horaires définis », explique Arthur. « Sur Noailles, 8 % des rez-de-chaussée sont vides, abonde Philippine Moncomble, enseignante vacataire et assistante de Mathieu Poitevin. C’est un quartier également où il y a beaucoup d’enfants, et ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas plus d’école maternelles. »

« On peut sauver Noailles »

Un autre étudiant a, de son côté, totalement repensé l’immense halle qui trône actuellement au cœur de Noailles. « C’est un grand bâtiment qui pour le moment affecté à Force ouvrière, qui l’utilise très peu, explique Arthur. On a pensé y installer une piscine et des bains publics à la place. » La ville de Marseille compte en effet très peu de piscines, notamment en centre-ville.

Autre idée pour donner une nouvelle vie à un îlot d’immeubles actuellement frappé de péril : y installer une école de la rénovation, dans laquelle les étudiants devront d’abord rénover leur propre école. Et que faire du trou qui subsiste désormais rue d’Aubagne, à la place des immeubles effondrés ? Pour répondre à cette question, les étudiants sont allés à la rencontre des habitants et leur ont demandé de dessiner leurs envies, exposées également à cette occasion. « Certains projets laissent le trou et permettent un accès à un jardin public juste derrière, d’autres proposent de bâtir du logement, explique Arthur. Si on peut créer le débat, c’est déjà chouette ! »

« Cette exposition sert à montrer qu’il est possible de penser différents projets de réhabilitation, explique Marius Grygielewicz, enseignant au sein de l’école d’architecture. On peut sauver Noailles, c’est un quartier extraordinaire ! » L’exposition se tiendra jusqu’au 19 octobre, du mardi au samedi de 14 h à 20 heures.



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