«Pendez les blancs»: Le rappeur Nick Conrad condamné à 5.000 euros d’amende avec sursis — 20 Minutes
  • En fin de semaine dernière, Nick Conrad a mis en ligne « Doux pays », un nouveau clip sur YouTube.
  • Considérant ce clip comme « un appel à la haine de notre pays et à la violence », le ministre de l’Intérieur a saisi le procureur de la République.
  • Le rappeur réagit auprès de « 20 Minutes ».

Un deuxième clip, une deuxième polémique. En fin de semaine dernière, Nick Conrad, un rappeur encore inconnu il y a quelques mois, qui s’est fait connaître en 2018 avec son clip  Pendez les Blancs (pour lequel il a été condamné à
une amende de 5.000 euros avec sursis en mars dernier), a mis en ligne sur sa chaîne Youtube (qui compte seulement 3.500 abonnés) une nouvelle vidéo (qui elle compte plus de 230 000 visites), illustrant Doux pays, un titre extrait de son album Révolution 2.0. « J’ai baisé la France, j’ai baisé la France… Jusqu’à l’agonie ! J’ai brûlé la France, j’ai brûlé la France », entonne notamment Nick Conrad dans ce clip, qui commence par un avertissement aux spectateurs de moins de 16 ans, et se termine par une note du rappeur. « Le mot France est à considérer ici comme mentalité française », explique-t-il.

Des propos et des images (le rappeur met en scène l’étranglement d’une femme à la fin du clip), qui ont suscité de nombreuses réactions de la classe politique. Si plusieurs élus LR ont dénoncé ce clip, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a quant à lui pris la décision de saisir la justice. Lundi, après un week-end agité, Nick Conrad a accepté de réagir auprès de 20 Minutes.

Dans le clip de « Doux pays », vous avez mis des avertissements au début et à la fin, vous vous attendiez donc à autant de réactions ?

Non, je l’ai fait parce que la dernière fois avec PLB, c’est ce qui m’a été reproché. On m’avait dit qu’on ne pouvait pas comprendre que c’était une fiction, et que le spectateur qui le regarde sur YouTube pourrait prendre ça comme une incitation à la haine. Cette fois-ci il a été question de respecter les règles, de dire « ceci est de l’art », peu importe les scènes à l’intérieur, c’est de l’art, et ça reste fictif.

« Doux pays » est donc une réponse à « PLB » ?

Absolument, c’est un écho à la polémique qu’a suscitée PLB lorsque c’est sorti, et le déferlement de mensonges que ça a entraîné, notamment le fait que mon père était diplomate, alors qu’il ne l’est plus depuis 1984, que j’étais un riche millionnaire avec une immunité diplomatique, que j’étais raciste…

Quel message désirez-vous faire passer au final ?

Les gens s’empêchent d’observer certaines réalités. Ce morceau avait pour but d’amener une certaine empathie, pour comprendre que le Noir a un passif, et qu’on a tous un passif commun. Pour pouvoir faire table rase de ça, il faut pouvoir parler, soulager, pour qu’après tout se passe mieux. Plein de gens ont parlé de moi, ils se sont octroyé le droit de me qualifier en des termes qui n’étaient pas corrects. Il s’est dit « Lui, s’il vient de banlieue, c’est forcément un terroriste, de la racaille etc. ». Je suis né en France, je suis Français.

Comprenez-vous que vos propos puissent choquer ?

Je ne comprends pas, non. Dans le clip, il y a un avertissement, et une note de fin qui explique que ce n’est pas le pays qui est concerné, mais la mentalité du pays… La France c’est aussi des verts pâturages, des petits coins isolés, des gens qui n’ont jamais vu un Noir de leur vie, et il ne faut pas avoir peur de nous ! Nous sommes aussi la France. On est Français depuis qu’on est petit, quoiqu’il arrive.

Pour faire passer votre message, l’utilisation de violence verbale et visuelle vous semblait nécessaire ?

Par rapport à PLB, c’est vraiment beaucoup plus léger, la scène d’étranglement ne dure que deux secondes. C’est vrai que ça reste quelque chose de marquant, mais on met des avertissements, donc on sait de quoi il en retourne. C’était quoi la question ?

Trouviez-vous l’usage de la violence nécessaire pour faire passer ce message ?

En toute bonne foi, vous n’avez jamais entendu quelqu’un dire « Je baise la France » ? Dire « Oh putain ce pays », ou des trucs dans le genre ? C’est commun d’entendre ça ! Ça ne veut pas dire pour autant qu’on n’est pas français, c’est du langage courant. C’est de la musique, c’est du rap, avec des codes qui sont spécifiques. On n’est pas obligé de faire comme ça pour faire du rap, il y a d’autres morceaux dans mon album qui le prouvent… Il y a aussi d’autres choses que je dis dans le morceau, et les gens ne s’arrêtent que sur « Je brûle la France ». A un moment donné, j’explique l’histoire des Noirs, ce que je vis dans ce pays, et vous vous arrêtez sur « je baise la France ». Pour comprendre ce que je ressens, il faut que je le fasse ressentir. Sinon on continuera à nous prendre pour des moins que rien.

Ce nouveau clip arrive quelques mois à peine après votre condamnation pour « PLB », une façon de montrer votre désaccord ?

Mais bien sûr ! Je ne suis pas un terroriste. Dans PLB, il n’y a aucun appel à pendre les blancs, c’est de la fiction autour de la question de l’individu Noir en France. Moi la France, je la vis différemment. Pourquoi est-ce que je dois faire dix fois plus d’efforts qu’un autre pour être payé au même salaire ? Pourquoi est-ce que je dois cravacher plus pour être reconnu ? Pourquoi dois-je m’expliquer d’un texte alors que d’autres l’ont fait de façon aussi poussée, n’ont pas forcément été bien perçus, mais au moins compris ? L’histoire a été emmenée devant les tribunaux, on respecte ce choix-là, mais j’aurais pu me passer de tout ça.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que vous surfez sur la provocation, sur des bad buzz, pour pouvoir émerger sur la scène rap ?

Est-ce que le buzz, pour vous, c’est faire l’idiot pour se faire remarquer, ou essayer de faire comprendre sa musique ? Etre reconnu, chaque musicien cherche ça, et je n’ai pas de problème avec le fait de faire reconnaître ma musique, de partager avec les gens, de pouvoir faire des concerts, de kiffer ! Mais avant ça, il faut dire ses propres douleurs ! Bien sur que ce que je dis c’est dur à écrire, mais c’est d’abord dur à vivre. J’ai 35 ans quand j’écris PLB, je ne suis pas un enfant de 22 ans, j’ai un vécu derrière moi, j’ai ouvert quelques bouquins d’histoires me concernant, à la recherche de moi-même dans la négritude. En fait, on est toujours renvoyé à un mur en France : « t’es pas un Français t’es un Noir », du coup ça m’intéresse de savoir qui je suis ! Est-ce que j’ai envie de faire des morceaux de ce type-là toute ma vie ? J’ai d’autres choses à faire ! Il serait peut-être temps aujourd’hui de comprendre que toutes les communautés répandues sur l’Hexagone participent à la nouvelle couleur française ! Ça il faut l’accepter. Et pour que ça avance, il ne faut pas avoir peur de poser des mots sur des choses qui font mal. C’est le premier pas.

 



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