Paris, le 30 août 2019. Tariq Ramadan s’adresse à un petit groupe de personnes en sortant du palais de justice de Paris. — Martin BUREAU / AFP
  • Tariq Ramadan a été autorisé mardi soir par la justice à publier « Un devoir de vérité ».
  • Mis en examen pour « viols », il conteste les faits qui lui sont reprochés.
  • Outre son combat judiciaire, il sort aujourd’hui du silence pour reconquérir les musulmans qui se sont sentis « trahis » par ses agissements.

« In sha Allah* » (Si Allah veut).
Tariq Ramadan n’a pas choisi les mots de conclusion de son dernier ouvrage par hasard. Impossible de savoir
« si Allah veut » vraiment. Mais les juges, oui… Mardi soir,
la justice a autorisé la publication, prévue ce mercredi matin, de Devoir de vérité** en dépit du fait que l’islamologue y dévoile le nom
d’une des femmes qui l’accuse de viol depuis des mois et qui souhaitait rester anonyme.

Les magistrats ont considéré que le nom de cette femme avait déjà été rendu public par certains médias. Toutefois, ils ont condamné le théologien à lui verser un euro symbolique pour avoir répété son nom – à 84 reprises selon Eric Morain, son avocat – sans son consentement tout au long de cet ouvrage.

« Quand la justice sera faite, j’aurais les moyens de pardonner… »

Les 5 à 6.000 exemplaires de ce livre vont donc débarquer ce mercredi sur les étals des librairies. Il ne reste plus à Tariq Ramadan qu’à verser un euro. Soit le prix pour poursuivre l’offensive médiatique qu’il a entamée le 6 septembre. Silencieux depuis sa sortie de prison en novembre,
l’islamologue est apparu, ce matin-là, en face de Jean-Jacques Bourdin, sur BFM TV.

Visage un peu plus émacié que par le passé et cheveux blanchis par le temps, Tariq Ramadan, 57 ans depuis cet été, a passé toute l’interview à contester vigoureusement les faits de viol dont il est accusé. « Quand la justice sera faite, j’aurais les moyens de pardonner [aux femmes qui l’accusent] », a-t-il même indiqué à ce propos.

« Je me sais coupable devant le tribunal de ma conscience »

En attendant, il sait bien que l’on dit plus de choses en 293 pages qu’en 28 minutes d’interview télévisée. Si Tariq Ramadan conteste tout autant les faits de viol dans son Devoir de vérité qu’à la télévision, il teinte surtout son propos écrit de nombreuses références religieuses qui ne doivent rien au hasard. Il y a par exemple le premier soir en prison où il raconte avoir pensé « à Dieu » avant de penser à sa femme et à ses enfants.
Il y a aussi ces versets du Coran dont il se « nourrissait » quotidiennement derrière les barreaux car ils « expriment la force malgré l’impuissance ».

Car Tariq Ramadan croit en ses avocats pour convaincre les juges de son innocence. Mais il ne fait confiance qu’à lui-même pour reconquérir les foules de musulmans qui l’ont porté aux nues des années durant. Acculé durant l’enquête, il a fini par reconnaître avoir eu des relations extraconjugales –« consenties », selon lui– avec ses accusatrices. Avouant ainsi qu’il avait trompé sa femme allégrement alors qu’il vantait les mérites de la fidélité à longueur de conférences.

Une conférence en ligne dès vendredi soir

« Innocent devant la justice des Hommes (…), je me [sais] coupable de bien des fautes et de nombreux manquements devant le tribunal de ma conscience », lâche-t-il au milieu de l’ouvrage. En battant sa coulpe ainsi, le théologien ne fait que répondre à tous ceux qui estiment avoir été « trahis » après avoir appris ses agissements passés.

Et ils sont nombreux. Mardi, c’est la fédération Musulmans de France (ex-UOIF) qui l’a complètement lâché, se disant « choquée par l’écart béant entre les dires et les comportements de [Tariq] Ramadan ». Discrète depuis le début de cette affaire, cette fédération explique qu’elle prend aujourd’hui la parole pour « répondre aux interrogations d’un public essentiellement jeunes et à la recherche de modèles ».

En attendant de connaître ce que la justice décidera dans cette affaire de « parole contre parole », Tariq Ramadan semble vouloir avant tout reprendre la place de prédicateur influent qui était la sienne il y a encore deux ans. La preuve ? Via son tout nouveau site Internet, « le professeur Ramadan » a déjà donné rendez-vous vendredi à 19h30 sur les réseaux sociaux pour « une réflexion sur le cheminement spirituel à travers les épreuves ». Et il promet de répondre à toutes les questions. In sha Allah

* Éditions Presse du Châtelet, 283 pages, 18 euros.



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