Riad Sattouf et la couverture du 4e tome des « Cahiers d’Esther » — © Riad Sattouf & allary éditions 2019 / photo © R. Monfourny
  • La série Les cahiers d’Esther met en scène le quotidien d’une collégienne parisienne.
  • Riad Sattouf y rapporte les anecdotes – réelles – que lui confie, chaque semaine, une vraie adolescente.
  • Près de 400.000 exemplaires des trois premiers volumes de la série ont déjà été vendus.

Quatre ans après avoir commencé à recueillir puis à raconter en bande dessinée les tranches de vie de la fille d’un couple d’amis, Riad Sattouf, auteur de BD/réalisateur auquel la Bibliothèque du Centre Pompidou (BPI) vient de consacrer une
expo rétrospective, prouve qu’il a de la suite dans les idées en publiant le quatrième tome de la série Les cahiers d’Esther. Un nouveau volume toujours aussi drôle, mais légèrement différent… car si Esther avait 10 ans et était au CM1 au début de leur collaboration, elle en a maintenant 13 et, n’ayant jamais redoublé, entre en cinquième !

L’évolution de la série est donc, à l’instar de celle d’une jeune fille entrant en adolescence, assez subtile : bien sûr, Esther et ses copines adorent toujours faire les fofolles et croquer la vie à pleines dents… sauf que la vie, justement, devient un peu plus compliquée – ou intéressante, selon les points de vue – à mesure qu’on perd en innocence.

C’est ce qu’exprime admirablement ce nouveau tome, dans lequel chaque page (inspirée des confidences qu’Esther livre à Sattouf chaque semaine, puis prépubliée dans L
Obs) soulève des questions aussi « sérieuses » que le mouvement
#BalanceTonPorc, la transformation du corps, les fantasmes etc.

L’explication par l’image

Riad Sattouf a accepté de se prêter, pour les lecteurs de 20 Minutes, à une « étude de cases », c’est-à-dire de commenter quelques extraits parmi les plus éloquents de la « saga » d’Esther. Retrouvez ses analyses et/ou révélations à la suite de chacun des quatre strips ci-dessous…
 

Riad Sattouf : « Chaque page des Cahiers d’Esther dispose de deux couleurs. J’utilise en général celle-ci pour rythmer la page, car j’utilise un gaufrier, cela signifie que la taille des cases est toujours la même ! La case de la bagarre impose donc une certaine intensité… »
 

RS : « C’est le type d’histoires nouvelles qu’Esther me raconte depuis qu’elle est entrée dans l’adolescence. Elle se fait vraiment des gros délires ! »
 

RS : « Esther aime beaucoup les listes alors je lui en demande assez souvent. Cette histoire en est l’exemple. En me fiant à ce qu’elle me dit, je développe et illustre en essayant toujours de tirer l’histoire vers “l’humour”. »
 

RS : « Ce type d’histoire est compliqué à raconter pour moi, car on pourrait reconnaître les vraies personnes, les choses sont assez précises… je dois louvoyer grandement pour rendre tout cela anonyme… ! Je n’en dirai pas plus… »

Celles et ceux qui ont lu les trois premiers tomes des Cahiers d’Esther constateront combien les préoccupations de leur héroïne se sont subtilement réorientées. C’est tout l’intérêt de la série, qui voit son personnage central grandir dans une époque très identifiée. Le concept n’est pas nouveau en BD, puisque
Julien Neel, par exemple, l’avait exploité dans sa
série Lou. Mais à la différence de Lou, qui est une figure de fiction, Esther est une vraie jeune fille, ce qui confère à la série une admirable valeur documentaire.

Les trois premiers albums de la série

« Ses copines ignorent qu’elle est la vraie Esther »

Esther, justement… que pense-t-elle de cette série « dont elle est l’héroïne » ? « Elle aime toujours beaucoup ce projet, confie Riad Sattouf. Elle est surtout très étonnée du succès des livres et n’en revient pas quand des copines lui offrent les albums sans savoir que c’est elle la “vraie” Esther ! ». Ok, mais le projet de Sattouf étant de suivre le quotidien de la jeune fille jusqu’à ce qu’elle atteigne dix-huit ans, on peut craindre qu’elle finisse par naturellement se lasser, ou qu’elle rechigne à raconter certaines anecdotes trop personnelles ? « Non, je ne crains pas grand-chose de ce côté-là, affirme Riad Sattouf, parce que Les Cahiers d’Esther n’est pas un journal intime, je ne cherche pas le sensationnel du tout. Je rapporte ce qu’elle me dit, avec ses pudeurs et ses réserves ! C’est uniquement cela qui m’intéresse. »

Deux enfances parallèles

Enfin, lorsqu’on demande à Riad Sattouf s’il est plus à l’aise dans l’exercice de la biographie – avec Les cahiers d’Esther – ou de l’autobiographie – avec L’arabe du futur, série grâce à laquelle il rencontre un succès planétaire –, le quadragénaire parisien rigole : « Ça n’est pas du tout intellectualisé ! Je sens que ces deux séries, ces deux projets ont besoin d’être mis en parallèle ! J’adore mener les deux de front, le rythme hebdomadaire d’Esther et celui, plus lent, de L’arabe du futur ! Après tout, ce sont les récits de deux enfances… à trente ans d’écart ! »

Les cahiers d’Esther 4 : Histoires de mes 13 ans, par Riad Sattouf – Allary éditions – 16,90 euros

20 Minutes de contexte

Les planches présentées comptent, à l’origine, douze cases… Chacune a donc été « amputée » de trois cases par souci d’ergonomie, et en prenant grand soin de ne trahir ni le sens du récit d’Esther, ni les intentions narratives de Riad Sattouf.



5

partages