Deux élèves du collège Mendès-France à Paris dans le jardin de leur établissement, le 20 septembre 2019. — D.Bancaud/20minutes
  • Jean-Michel Blanquer veut que l’école soit à l’avant-pose de la transition écologique.
  • Pour ce faire, 250.000 éco-délégués, un par classe au collège et au lycée, seront désignés pour mettre en place des actions écologiques au quotidien.
  • Une perspective plutôt bien accueillie par les élèves, mais qui laissent sceptiques certains observateurs du monde éducatif.

« Je n’aimerais pas que cette planète ressemble à une poubelle », lance Yves, élève de 5e au collège Pierre Mendès France, à Paris. C’est dans son établissement que le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, et la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique,
Brune Poirson, ont lancé ce vendredi la campagne des éco-délégués Le jour même où les jeunes étaient invités à manifester pour la défense du climat à Paris.

Car l’une des priorités du ministre cette année est de verdir les établissements, comme il l’avait indiqué lors de sa conférence de presse de rentrée, répétant à loisir sa punch line : « Nous sommes un peuple de colibris. C’est-à-dire une assemblée de personnes capable de changer les choses ». « Notre monde étant de plus en plus technologique, il est impératif que les élèves soient davantage avec la nature », a-t-il ajouté ce vendredi. « Il ne faut pas que l’écologie soit réservée à une minorité, mais faire que tous les élèves en soient acteurs », a complété
Brune Poirson.

250.000 éco-délégués

Et pour y parvenir, les ministres comptent sur la désignation de 250.000 éco-délégués, qui seront choisis par leurs pairs dans les collèges et les lycées pour devenir dès le mois d’octobre, des ambassadeurs du développement durable auprès de leurs camarades. « Les futurs éco-délégués porteront dans leur classe des projets et seront force de proposition pour mobiliser leurs camarades », a insisté Jean-Michel Blanquer, ce vendredi.

Concrètement, il y aura un éco-délégué par classe. « Il contribuera à ce qu’il y ait des actions pour l’environnement dans la classe : via la gestion responsable du papier, l’incitation à éteindre les lumières, à trier les déchets… », a précisé le ministre. Mais leurs missions pourront aussi être de vérifier qu’en hiver les fenêtres sont fermées et que les radiateurs sont bien réglés, d’installer de poubelles pour trier les déchets, d’inciter leurs camarades à participer à des « marches vertes », de participer à la végétalisation de leur établissement, d’œuvrer à la création de ruches, de potagers ou de perchoirs à oiseaux, de lutter contre le gaspillage alimentaire…

« Il y aura beaucoup de candidats »

Une perspective qui séduit Héloïse, élève de 5e, au collège Pierre Mendès France : « Ça m’intéresserait de devenir éco-déléguée. Car la sauvegarde de la planète concerne notre génération. Et mieux vaut tard que jamais pour agir. Les petits gestes jouent beaucoup, donc ce que l’on fera au collège sera utile », assure-t-elle.

Même enthousiasme chez son camarade Yves, qui fourmille déjà d’idées au cas où il serait élu éco-délégué : « A la rentrée, il y avait plein de déchets sur le sol du réfectoire, je trouvais ça dégoûtant. Si j’étais éco-délégué, j’inciterais les élèves à faire plus attention et à ramasser les déchets. Je créerais dans le collège un système de compost, qui permettrait de recycler tous les fruits et légumes jetés à la cantine. Il faudrait aussi mettre en place des poubelles permettant le tri sélectif dans la cour. Et faire en sorte que les lumières soient éteintes dans les classes entre deux cours et dans certains couloirs », énumère-t-il.

« Je pense qu’il y aura beaucoup de candidats, car les élèves se saisissent de plus en plus d’engagements citoyens », prédit la principale du collège Pierre Mendès France. D’autant que les élèves de l’établissement bénéficient d’un jardin de 4.500 m2 de surface, doté d’un potager, de 200 arbres fruitiers, d’une mare… « Ce sera facile de trouver des éco-délégués en 6e et en 5e. Car les élèves ont conscience des enjeux climatiques, même si les remèdes pour préserver la planète leur semblent un peu lointains. Mais il y aura sans doute moins de volontaires en 4e et 3e, car ils ont beaucoup d’autres préoccupations en tête à ces âges-là », tempère Charlotte Ninin, professeur de SVT (Sciences de la vie et de la terre) au même collège. Du côté des parents d’élèves, l’initiative plaît aussi : « Si les élèves prennent en charge des projets de ce type, cela éveillera leur conscience écologique. On en fera des citoyens solides et dynamiques », estime ainsi Alain Manze, un parent d’élève élu au collège.

« C’est un peu de la communication »

Mais dans ce concert de louanges, quelques voix sont dissonantes : « Les écos-délégués, c’est un peu de la communication et cela ne coûte rien. Mais le ministère aurait dû être plus ambitieux en dégageant des budgets spécifiques pour mettre en place des projets ambitieux développement durable », souffle une enseignante qui préfère garder l’anonymat.

« Ce n’est pas aux enfants de décider de questions d’une complexité qui les dépasse de toute part, ce n’est pas à eux de remplacer les professeurs, pas à eux d’endoctriner leurs camarades à coups d’idéologies moralisatrices forcément mal maîtrisées, car on n’est pas à 12 ans, ni même à 15 ou à 17, un spécialiste du climat ou de la biodiversité », a aussi déclaré l’ancien ministre de l’Education, Luc Ferry dansLe Figaro ce vendredi. Reste à savoir aussi comment seront accueillis les éco-délégués par leurs camarades, car ils pourraient être perçus comme des redresseurs de tort.

L’école de la forêt met l’écologie en pratique à Phalempin



30

partages